
Le problème : la coupe à blanc des forêts boréales anciennes
Chaque année, on coupe plus de 1,55 million de mètres cubes (39 millions de pieds cubes) de bois dans la forêt de Kénogami, dans le Nord de l’Ontario. Des coupes rases atteignant presque 11 000 hectares (27 000 arpents) menacent le fragile habitat du caribou des bois et d’autres espèces sauvages. L’intensification des activités de coupe a aussi accru l’importance des routes forestières, dont la longueur augmente de 93 milles par année. Une situation inquiétante, étant donné que moins de 2,4 % de la superficie forêt de Kénogami est protégée.
Une forêt située dans les étendues sauvages du Nord ontarien
La forêt boréale de Kénogami comprend 1,98 millions d’hectares (4,9 millions d’arpents) de terres boisées dans la partie septentrionale de l’Ontario. Située à l’est du lac Nipigon, elle borde l’immense forêt boréale du Canada, celle-ci ayant été jusqu’ici en grande partie épargnée par la croissance industrielle. Parce que la forêt de Kénogami jouxte une forêt pratiquement virginale, il est extrêmement important de sauvegarder les zones encore intactes. C’est seulement à cette condition qu’il lui sera possible de continuer à jouer son rôle en tant qu’habitat pour les espèces sauvages.
Les espèces en danger, notamment : le caribou des bois, l’ours noir, les aigles
La forêt de Kénogami représente un des derniers bastions du caribou des bois, une espèce menacée d’extinction. Elle abrite également plusieurs espèces menacées, dont l’ours gris, l'ours noir, le pygargue, l’aigle doré, le renard roux, le pélican blanc d’Amérique, des hiboux, et les oiseaux chanteurs qui y retournent chaque année pour y nicher et s’y reproduire. La majorité de ces espèces figure sur la liste de la Loi sur les espèces en péril, dont le gouvernement fédéral est responsable. Le caribou des bois avait naguère l’habitude de se déplacer dans toute la forêt de Kénogami, mais l’intensification des coupes forestières l’a contraint à se replier dans les zones situées au nord-est et au nord-ouest de la forêt. À l’heure actuelle, il n’occupe guère plus de 33 % de la forêt de Kénogami.
Les principaux joueurs : la papetière Neenah, Kimberly-Clark, le ministère des Ressources naturelles de l’Ontario
La papetière Neenah, résultat d’un essaimage
Vers la fin 2004, Kimberly-Clark a facilité la création de la papetière Neenah, laquelle possède une usine de pâte à Terrace Bay ainsi que l’autorisation officielle de pratiquer des coupes forestières dans la forêt de Kénogami. L’usine de Terrace Bay utilise plus de 1,1 million de mètres cubes (39 millions de pieds cubes) d’arbres afin de fabriquer plus de 470 000 tonnes métriques (520 000 tonnes courtes) de pâte à papier obtenue à partir de feuillus et de conifères. Une bonne partie de cette pâte est vendue à Kimberly-Clark qui fabrique des produits vendus dans toute l’Amérique du Nord. La superficie des coupes à blanc que la papetière Neenah inflige à la forêt de Kénogami dépasse les 10 807 hectares (26,690 arpents).
Kimberly-Clark
Kimberly-Clark, un des plus grands fabricants de papier jetable au monde, est le principal acheteur de fibre végétale de l’usine de Terrace Bay, en vertu d’un contrat d’approvisionnement à long terme. Bien que Kimberly-Clark prétende exiger de ses fournisseurs qu’ils adhèrent à des normes strictes respectueuses de l’environnement, la firme avait, selon des vérificateurs, avant de créer Neenah par essaimage, laissé pourrir environ un million de mètres cubes de bois en bordure des routes forestières.
Le Ministère ontarien des ressources naturelles
Dans le cadre de la Stratégie d’aménagement du territoire du Patrimoine vital de l’Ontario, le ministre avait ordonné en 1999 à Kimberly-Clark de mettre de côté 36 000 hectares (90 000 arpents) de forêt, une superficie bien modeste. En tout, moins de
2,4 % de la forêt de Kénogami bénéficie d’une protection. Par contraste, les autres compagnies forestières disposant de licence d’exploitation en Ontario protègent en moyenne 12 % des terres qui leur sont accordées.
Les faits
- Emplacement :
- forêt boréale du nord de l’Ontario, à l’est du lac Nipigon
- Étendue de la forêt Kénogami :
- 2,3 millions d’hectares
- Principal mode de récolte utilisé :
- coupes à blanc
- Essences :
- pin gris, épinette, sapin baumier, cèdre, mélèze, peuplier
- Âge de la forêt :
- environ 10 000 ans (soit depuis la dernière époque glaciaire)
- Entreprises de coupe actives :
- Buchanan Forest Products, Long Lac Forest Products, Kimberly-Clark Forests Products (sera bientôt réorganisée sous le nom de Neenah Paper, Inc.)
- Usine de pâtes approvisionnée :
- usine Neenah Paper, Terrace Bay, Ontario.
- Consommation annuelle de l’usine :
- plus de 1,1 million de m3 d’arbres de la forêt boréale ancienne - utilisés pour les produits Kimberly-Clark vendus partout en Amérique du Nord.
- Quantité de pâte produite par année :
- 450 000 tonnes (dont 90 % utilisée par Kimberly-Clark)
- Exemple de crime écologique :
- En novembre 2000, des vérificateurs ont découvert que plus d’un million de m3 d’arbres coupés avaient été abandonnés et pourrissaient le long des routes forestières.